Original title in Croatian: KOREOGRAFIJA PATNJE (2002)
LA CHOREGRAPHIE DE LA SOUFFRANCE DE SIBILA PETLEVSKI OU LA REVELATION DE L’APOCALYPSE VECUE
L’année 2002 voit paraître en Croatie La Chorégraphie de la souffrance de Sibila Petlevski, auteur de poèmes, de textes en prose et d’essais, critique littéraire, traductrice et professeur à l’Académie des Arts dramatiques à Zagreb. Elle y reconstitue la part d’ombre des biographies d’une suite de personnages historiques, tels John Suckling ou William Butler Yeats, retenus pour avoir été poètes. C’est sur le chemin des prisons, des maladies, de la couardise, de la dépendance et des suicides qu’elle part à la recherche de la vérité. Terrible quête car, au fil des pages, la vérité s’avérera être synonyme de la souffrance. En prophète, elle se donne pour tâche de révéler cette vision apocalyptique inscrite au sein même de la condition humaine parce que : « la vérité appartient à tous » et « personne ne peut s’en estimer propriétaire », peut-on lire dans l’Epilogue. Pour supporter le poids de ce sujet qui comporte le danger de la banalisation et du ressassement, l’auteur construit un tissu extrêmement dense et une structure au confluent de plusieurs arts. Projet hardi car complexe tout comme le sera la lecture. Une souffrance à coup sûr pour ceux qui sont à la recherche d’un texte transparent, une gourmandise pour les lecteurs exigeants et avides d’interpréter. Autrement dit, quelque confus et inextricable que puisse paraître le texte, tout y fait sens.
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Sibila Petlevski se présente dans l’Epilogue, quatrième partie de l’œuvre, comme femme écrivain consciente de sa sensibilité, de son « angle de vue sur les choses » bien particulier hérité de sa mère, encline à ne distiller de la vie que le côté que certains étiquetterons comme sombre, voire pessimiste. Il va sans dire que l’œuvre n’aurait probablement jamais été écrite, du moins ne contiendrait pas sa troisième partie intitulée La Chorégraphie croate sans la guerre en Croatie (1991-1995), événement générateur de plusieurs œuvres de qualité à l’horizon littéraire croate. C’est au début de cette guerre que Sibila Petlevski commence à écrire ses poèmes en anglais. Les quatre-vingt-un poèmes, transposés plus tard par l’auteur en croate sont alors tant le signe de protestation contre la guerre qu’une auto-thérapie liée à ses origines multiethniques. Ils constituent la deuxième partie portant le titre éponyme de l’œuvre.
L’écriture de Sibila Petlevski se caractérise aussi bien par l’abolition de la frontière entre les genres et l’invention que par une construction maîtrisée de sorte que La Chorégraphie de la souffrance résiste à tout essai de classification. La prose de la première partie Madame Minuit côtoie les poèmes de la Chorégraphie de la souffrance. Quant à La Chorégraphie croate, elle marque le retour à la prose avec une structure interne en sept jours-chapitres, alors que l’Epilogue fait entrer le lecteur dans le genre autobiographique. Ces quatre parties sont suivies du court Inventaire des personnages historiques avec les mots de passe de Madame Minuit, les « mots de passe » étant des vers de poètes du « classicisme » anglais, ainsi que de Wilde et de Yeats. L’œuvre se termine par le Contenu, équivalent à une Table des matières telle que la composaient les auteurs de romans des XVIIIe et XIXe siècles : à chacun des titres des cinquante-huit chapitres de Madame Minuit est attribuée une phrase informant le lecteur de la progression de l’histoire.
La Chorégraphie de la souffrance est un texte nourri de références, explicites ou sous-jacentes, autobiographiques, biographiques, historiques, littéraires, ethnologiques… Sa cohérence est avant tout préservée par le leitmotive de la danse, son pilier fondamental, décliné sous diverses formes. Le lecteur y trouvera l’histoire prétendument vraie des « Danseurs de Koelbeck », puis la mention de la chapelle de Saint-Guy pleine de sens pour peu que l’on mobilise nos connaissances sur le saint en question, patron, entre autres, des obsédés et des danseurs. Un des poètes élargira la référence à la danse de Saint-Guy, hystérie collective du Moyen-Age qui pouvait se saisir d’une colonne de pèlerins et les mener, à l’image des danseurs de Koelbeck, jusqu’à l’épuisement, voire la mort. La ronde effrénée ou le symbolisme de la bague, ce sont tous deux des moyens pour Sibila Petlevski d’exprimer la répétition dans le cercle vicieux de la souffrance. Ces motifs sont aussi la représentation symbolique des contradictions et des dilemmes humains qui nous font tourner en rond. Le portrait du poète Henley désirant mais n’osant pas aller récupérer le corps de son ami Jimmy, voleur pendu à un poirier, illustre à la perfection la Faiblesse dans laquelle nous sommes tous pris, tôt ou tard. La danse macabre, image du terrifiant dans ce qui est la manifestation de la vitalité, où « tous se suivent, se saisissent, se touchent, se tiraillent, s’agrippent… », comme en rend compte la vision du poète Yeats, symbolise la transmission par le toucher de la souffrance-malédiction au-delà la mort.
Cependant, dans ce monde sans transcendance, l’Homme semble pouvoir trouver son salut au croisement de l’aveu et du pardon. Ce message de Sibila Petlevski est entendu à travers le personnage de Yeats réincarné en Vilko, citoyen croate, dans la Chorégraphie de la souffrance: « Ne fouille pas les tombeaux historiques, ne soit pas exalté par des espoirs collectifs, ne lave pas tes mains du sang. Avoue enfin et continue ton chemin ». Est-ce pourtant aussi simple d’avouer et de pardonner une fois que le mal est fait ? Et la ronde continue.
L’art pictural est également déterminant dans la construction de l’œuvre. Faisant abstraction de l’Epilogue en raison de son caractère autobiographique, le lecteur s’apercevra de l’évidence d’une composition en trois parties dont la cohérence est, à plusieurs niveaux, assurée par le personnage de Yeats qui assume une double fonction de cadre. Dans Madame Minuit, c’est lui, décédé, qui tâte son pouls au début du premier et du dernier chapitres. Madame Minuit peut donc être lue comme un tableau contenant des personnages qui appartiennent à la vision de Yeats. C’est aussi avec lui que débute et se clôt le triptyque Madame Minuit-La Chorégraphie de la souffrance-La Chorégraphie croate puisqu’il est personnage central de la dernière partie. Yeats est un peintre à devenir dans la mesure où il décide de peindre une toile représentant sa vision et qu’il appellera Madame Minuit. Au détriment de l’art figuratif l’avantage est donné à l’art abstrait qui seul permet de « dresser le portrait de la belle force qui a rassemblé les gens ». Enfin, la plupart des chapitres de cette première partie émergent comme des tableaux en miniature. Dans cette perspective, les titres sont doublement investis par le texte et un tableau en filigrane. Le vingt-deuxième chapitre intitulé Terrible est ce qui survint constitue ainsi à la fois un texte dramatique et un tableau que de manière progressive le lecteur construit visuellement grâce aux indications sonores et spatiales.
Si le lecteur écoute la voix du livre, il pourra s’apercevoir des mots et des groupes de mots contenus dans plusieurs chapitres. Cette esthétique des échos, légers et ludiques, font les chapitres se répondre et s’éclairer mutuellement. Ainsi, la lecture du vingt-sixième chapitre-tableau de Madame Minuit intitulé Anciennes faiblesses ne sera pas complète si l’on ne se réfère pas, à Terrible est ce qui survint. La mise à mort du chien éclaire le caractère de la dépendance à l’opium du poète Francis Thompson par le biais de l’adjectif terrible.
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A l’image de l’Apocalypse, la Chorégraphie de la souffrance est une œuvre qui ne se lit pas une seule fois. D’ailleurs, les instants de confusion lors de la toute première lecture, voire d’impuissance à maîtriser ce texte savamment construit rappellent la ronde effrénée. Elle demande un engagement entier qui devient passionnant dès que l’on s’est engagé sur la route du déchiffrement de son message. Ceux qui escaladent les sentiers escarpés connaissent ce sentiment de domination et de dépassement de soi, une fois la hauteur atteinte. Voilà à nouveau le principe de la souffrance confirmé. Plus tard, on reprendra la marche et la lecture, pour s’y redécouvrir. La danse recommencera, elle aussi, et ainsi à l’infini.
Dubravka Hranjec
JOINED FACES (2009)
a trilingual English-Croatian-Macedonian edition
Original title: SPOJENA LICA (2006). Zagreb: DHK: Durieux.
Bibliophilic edition “LIbitina”
Poetry by Sibila Petlevski/
Graphic Art Tihomir Lončar
Choreography of Suffering
Koreografija patnje
A Hundred Alexandrian Epigrams
Sto aleksandrijskih epigrama
Jumping Off Place
Skok s mjesta
Joined Faces
Spojena Lica
Skok od mesto. Macedonian translation by A. Popovski. Misla: Skopje 1990
Place de la Sorbonne (2011- [en cours] )
« Revue internationale de poésie de Paris-Sorbonne »
Paris (6, rue Foucault, 75016). Éditions du Relief.
Dir. : Yann Migoubert / Réd. en chef : Laurent Fourcaut
Comité de réd. : Eva Almassy, Gérard Berthomieu, Blandine Douailler, Laurent Fourcaut, Catherine Fromilhague, Christiane Herth, Pierre Maubé, Yann Migoubert, Jean-Michel Platier, Michel Viel, Matthias Vincenot
Du n° 1 (mars 2011)
Part. : Max Alhau, Gabrielle Althen, Elisa Biagini, Pascal Boulanger, Paul de Brancion, Loïc Braunstein, Virginie Brousse, Svetlana Cãrstean, Judith Chavanne, William Cliff, Ariane Dreyfus, Antoine Emaz, Emmanuelle Favier, Laurent Fourcaut, Alain Freixe, Pierre Garrigues, Irène Gayraud, Albert Guignard, Jacques Josse, Jacques Jouet, Yves Le Pestipon, Jean-Pierre Lemaire, Béatrice Libert, Blandine Merle, Georges Molinié, Vera Pavlova, Sibila Petlevski, Jacques Roubaud, Esther Tellermann, …
Trad. : […]
Ill. : Gudrun von Maltzan.
Poetry is the last sphere of freedom in the world based on mediocre values and globally predictable messages. Poetry does not sell, yet it continues to exist: that fact gives me some hope. I write in different genres, but for me poetry encompasses all of my interests:
it is theatre when I perform it, it is prose when I live it.
Read “Iovinelli_Un_cas_d'Iovinelli_Un_cas_d'autotraduction_Sibila_Petlevski.pdf_Sibila_Petlevski.pdf”
Traduttologia rivista quadrimestrale di interpretazione e traduzione
Fendina Editori
Quadrimenstrale del Diploma Universitario di Città del Vasto, Anno III – n. 7- gennaio/ aprile 2001
(Galerie Librairie L’Ollave: Rustrel, 2013)
Laurent Fourcaut on Sibila Petlevski’s poetry (In: Place de la Sorbonne No. 1. with four poems in French translation.
Sibila Petlevski, 2013
ISBN 978-2-9534588-7-9
Traduction: Martina Kramer et Brankica Radić
Sibila Petlevski (1964) puise la matière de ses poèmes dans son expérience intime des relations à l'autre et à la société, comme aussi dans des évènements surgis des profondeurs de l'histoire du monde. Se situant au coeur des ses scénarios, elle interroge comment la parole peut y porter le sens ou révéler l'essence de l'humanité, avec une langue dense et imagée..

Probabilmente il merito di questa diversa ricezione va attribuito soprattutto alla nuova stagione poetica
che questi testi poetici rappresentano. Sono passati una ventina d’anni dai folgoranti “Sto
aleksandrijskih epigrama” e di cammino la poetessa ne ha compiuto tanto. Non ha perduto nulla della
forza, dell’icasticità, della densità della forma e della profondità dei contenuti, tuttavia l’eco dei
richiami intertestuali si è sciolto in un disegno più plastico, ancor più personale. Si pensi alla presenza
delle citazioni, a volte dichiarate apertamente e poi reintrodotte nel testo poetico. Un caso a titolo di
esempio: in “La décompte” l’epigrafe rende omaggio a Neruda, allorché gli stessi versi sono introdotti
e fusi di nuovo nella stessa poesia.